N°1 - Avril 2015

Le bonheur est une notion complexe et soulève des problématiques multiples.

Le bonheur revendiqué comme une demande sociale, politique et économique légitime

Plus que jamais, dans le contexte international de crises (quelles qu'en soient les formes), le bonheur est un état revendiqué non seulement à titre individuel mais aussi à titre collectif.
Pourquoi les indices de bonheur et de bien-être préoccupent-ils de plus en plus de nombreuses institutions qui s'attachent désormais à prendre le bonheur comme un indicateur du degré d'évolution des sociétés modernes et postmodernes ? Est-ce la précipitation des sociétés contemporaines dans des crises qui bouleversent leurs valeurs et intiment l'ordre de se définir ? Le bonheur collectif d'une société, le sentiment de bien-être des citoyens seraient une échelle de mesure du progrès. Un progrès qui serait non seulement économique, si nous nous intéressons au bien-être matériel, mais aussi celui des libertés individuelles et collectives des sociétés démocratiques.

Sommaire

Dossier

Selon Aristote, le bonheur est le bien suprême, car c'est le seul que nous voulons pour lui-même et non dans un autre objectif. Il est un état de satisfaction complète, permanente, et nécessite une parfaite harmonie entre l'ordre universel (environnement) et nos valeurs propres (personnalité).

La valorisation sociale du bonheur, phénomène relativement récent, a encouragé la floraison de riches représentations (Pawin, 2010 et 2013). L'univers du bonheur est notamment dynamisé par des oppositions structurantes et il s'agit ici d'étudier, dans une perspective d'histoire du temps présent, deux modèles concurrents, parmi les principaux : le bonheur-réussite et le bonheur-épanouissement.

Il existe désormais dans la société occidentale, largement relayée par les médias, une sorte de "devoir de bonheur". Il faudrait toujours aller bien et se sentir mieux. Les médias audiovisuels suivent cette tendance, avec la volonté d'affirmer ou de réaffirmer leur rôle et leur pouvoir : celui d'aider ceux qui sont dans le malheur et de résoudre leurs problèmes.

À l'heure actuelle, le bonheur semble être une notion omniprésente, non seulement dans les sociétés du monde entier, mais aussi en tant qu'objet de recherche.

Platon, en énonçant que tous les hommes désirent être heureux, avait déjà positionné le bonheur comme un déterminant des actions humaines. Longtemps considéré par les religions monothéistes comme non accessible sur terre, le bonheur fait l'objet, depuis plus de 2000 ans, d'une quête universelle. Pour les philosophes, il évoque à la fois le hasard de la vie, les plaisirs liés à des situations données (bonheur hédonique), ou l'épanouissement de l'être dans une vie vertueuse (vision eudémonique). Subjectif et envisagé comme un but à atteindre, le bonheur est resté longtemps éloigné des considérations scientifiques et économiques.

The epigraphs cited above very much differ in their statements about human happiness : Whereas the first one, which is taken from an interview with the psychoanalyst, social psychologist and philosopher Erich Fromm (1900-1980), addresses society as such and approaches happiness with analytic distance, aiming in fact to unmask a supposedly false happiness and hence pursuing a program of cultural critique, the second one maintains an emphatic tone of affirming happiness as an individual endeavor that can be accomplished by actively promoting one's potential for subjective well-being.